Parler des risques sans jargon
Dans la gestion des contrats comme dans la vie, le risque peut paraître abstrait. On l’imagine réservé aux tableaux Excel, aux audits complexes ou aux réunions stratégiques. Et pourtant, il est partout. Il se glisse dans nos décisions, nos choix d’organisation, nos achats impulsifs… et même dans une simple paire de chaussures à talons.
C’est ce que j’ai tenté d’expliquer récemment à ma fille. Pour qu’elle comprenne ce que signifie anticiper un risque, j’ai pris un exemple bien concret : mes escarpins neufs, jamais portés, que je pensais mettre pour un déplacement professionnel à Paris. À peine avais-je évoqué l’idée qu’elle a levé les yeux : « Tu vas avoir super mal aux pieds, maman. »
En quelques secondes, elle avait identifié le risque, évalué sa probabilité, et mesuré son impact. Et surtout, elle avait enclenché un raisonnement que nous, professionnels du contract management ou de la gestion de projet, devrions pratiquer plus souvent.
Le risque : une affaire de logique simple
La gestion des risques, ce n’est pas de la théorie. C’est un enchaînement logique :
- Identifier un danger potentiel,
- Évaluer sa probabilité,
- En estimer les conséquences,
- Choisir une stratégie de traitement,
- Mettre en place des actions concrètes.
Face à mes chaussures, la stratégie était claire : les porter sans précaution n’était pas une option. Rapidement, ma fille a proposé plusieurs mesures de réduction du risque : emporter une paire de baskets, prévoir des pansements, tester les chaussures avant le jour J. Une vraie gestion proactive, sans même s’en rendre compte.
Nos projets sont pleins de talons hauts
Dans nos organisations, nos contrats, nos missions, nous croisons tous les jours des « chaussures neuves à talons hauts » : des solutions séduisantes, mais pas encore éprouvées. Des idées qui semblent brillantes sur le papier, mais dont les impacts n’ont pas été testés. Le problème ne réside pas toujours dans le risque en lui-même, mais dans notre tendance à ne pas le nommer.
Anticiper, ce n’est pas renoncer. C’est décider en conscience. Parfois on accepte le risque, parfois on le transfère, ou on le réduit. Mais ce qui compte, c’est de ne pas le laisser invisible.
Prévenir, ce n’est pas être frileux
Dans une culture de la performance, il est tentant d’assimiler la prévention à un excès de prudence. Pourtant, poser une alerte, imaginer un plan B ou garder une marge de manœuvre, ce n’est pas ralentir. C’est rendre possible la continuité. Dans un projet, comme dans la vie, glisser une paire de baskets dans sa valise n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une preuve de lucidité.
Car au fond, entre ce qui est anticipé et ce qui est subi, il y a un monde. Et plus on s’entraîne à voir les signaux faibles, à discuter des risques, à les intégrer dans nos décisions, plus on renforce la résilience de nos projets.
Sofia HASSED
Senior Contract manager
SINERGIE – Agence de contract management